Enso & Signaturit : dialogue d’experts sur le KYC et la lutte contre la fraude documentaire dans l’intérim
Temps de lecture : 12 minutesDans un contexte où la fraude documentaire se complexifie et où les agences d’emploi doivent authentifier des centaines de dossiers chaque semaine, la vérification d’identité devient un enjeu majeur. Pour répondre à ce défi, Enso a intégré à sa Suite le contrôle documentaire (KYC pour « Know Your Customer ») de Signaturit, une technologie qui automatise, sécurise et fluidifie le contrôle des documents tels que les pièces d’identité, les RIB ou les permis de conduire.
Nous avons échangé avec Pierre Girbau, Product Manager chez Enso, et Michaël Lakhal, Chief Product Officer du groupe Signaturit, pour comprendre comment cette innovation renforce la sécurité des recrutements tout en simplifiant le quotidien des agences.
Pour commencer, pourriez-vous m’expliquer ce qu’est le KYC ?
Michaël Lakhal : Le KYC désigne le processus d’onboarding d’un individu, autrement dit la conversion d’un simple prospect en client. Concrètement, cela consiste à vérifier qu’une personne est bien celle qu’elle prétend être lorsqu’elle souhaite accéder à un service : ouverture d’un compte bancaire, souscription à une assurance ou dossier de location.
Dans un premier temps, il s’agit donc de prouver son identité. Mais selon le type de transaction, d’autres éléments peuvent être demandés : un justificatif de domicile, de revenus, de diplôme ou encore un titre de propriété. Grâce à l’IA, nous pouvons non seulement analyser automatiquement ces documents, mais aussi interroger des bases de données officielles pour en vérifier la cohérence.
Pierre Girbau : Dans le contexte de nos clients, à savoir les agences d’intérim, le KYC consiste principalement à vérifier les documents d’identité des travailleurs temporaires. L’objectif est de sécuriser la contractualisation et le déroulement des missions, tout en garantissant la conformité du dossier de l’intérimaire.
Concrètement, comment la vérification d’identité se passe-t-elle dans la suite Enso ?
Pierre Girbau : Il existe plusieurs points d’entrée. Si le travailleur dispose d’un compte Armado, notre portail intérimaire, il peut directement y déposer ses documents d’identité. Ces pièces sont ensuite automatiquement intégrées dans notre ERP Tempo. Si la personne a donné son consentement, les équipes en agence peuvent alors transmettre les documents à Signaturit pour vérification.
En revanche, si la personne ne possède pas de compte Armado, la démarche se fait en agence : les documents sont scannés, photographiés ou reçus par mail, puis ajoutés à Tempo avant d’être envoyés pour contrôle. Dans tous les cas, le processus est fluide et intégré dans les outils que les entreprises de travail temporaire utilisent au quotidien.
Pourquoi le KYC est-il particulièrement pertinent pour les agences d’emploi ?
Michaël Lakhal : Nous voyons chez certains clients des situations où la personne qui se présente en agence n’est pas toujours celle qui se rendra ensuite sur le lieu de mission. Imaginez : un candidat passe un entretien, fournit des documents apparemment en règle mais, le jour J, c’est quelqu’un d’autre qui se présente sur le chantier. Le KYC apporte une réponse directe à ce risque, en s’assurant que la personne recrutée est bien celle qui signe le contrat et qui effectuera la mission.
Quels constats faites-vous sur l’évolution de la fraude documentaire et la manière dont l’IA permet de la détecter ?
Michaël Lakhal : Nous observons une tendance claire : la fraude augmente. D’une part parce qu’elle est effectivement plus fréquente, mais aussi parce que nos outils sont aujourd’hui plus performants et permettent de la détecter beaucoup plus finement. Lorsqu’un doute subsiste, nous préférons bloquer le processus : un expert reprend alors la main pour vérifier le dossier. Aucun système n’est infaillible à 100 %, et certaines IA peuvent aussi être victimes d’“hallucinations”. Chez Signaturit, nous utilisons notre propre IA, mais nous faisons parfois appel à des IA externes pour des besoins spécifiques.
Nous avons aussi développé une base de données de fraude unique, alimentée par les millions de transactions que nous traitons chaque jour dans des secteurs variés : immobilier, banque, assurance ou encore ressources humaines. Et ce que nous constatons, c’est que les mêmes types de documents falsifiés circulent d’un secteur à l’autre. Ces faux sont parfois achetés sur le dark web ou générés automatiquement. Grâce à cette base, nous pouvons enrichir nos algorithmes et repérer immédiatement un document déjà identifié comme frauduleux.
Justement, si nous entrons dans les détails, quels types de fraudes ou d’erreurs le KYC disponible sur Enso est-il capable de détecter, là où une vérification manuelle pourrait passer à côté ?
Pierre Girbau : Les fraudes les plus courantes concernent les contrefaçons de pièces d’identité et les usurpations d’identité. Mais la technologie va plus loin qu’une simple vérification document par document. Lorsqu’un dossier comprend plusieurs pièces, par exemple un passeport, un RIB et un justificatif de domicile, la solution réalise des vérifications croisées entre ces documents pour s’assurer que les informations concordent. Ce niveau de contrôle supplémentaire renforce considérablement la fiabilité du processus.
Par ailleurs, pendant notre phase de bêta test, nous avons notamment constaté que le système pouvait détecter des incohérences entre les informations de la fiche intérimaire dans notre ERP et celles figurant sur la pièce d’identité. D’autres éléments sont également analysés, comme la présence d’une photo d’identité, la qualité de la signature ou encore la colorimétrie du document, indicateurs essentiels pour repérer un faux.
Un point plus technique, mais déterminant, concerne la zone de lecture automatique ou ZLA : cette suite de caractères en bas des cartes d’identité, qui reprend l’ensemble des informations du document (nom, prénom, lieu de naissance…). Le système vérifie que cette zone est bien cohérente avec les données visibles. Or, c’est souvent là que les faux documents échouent au contrôle.
À l’œil nu, il est parfois difficile de repérer une contrefaçon, surtout quand on traite plusieurs dossiers d’affilée dans une agence. La solution KYC permet donc d’apporter une couche de sécurité supplémentaire tout en allégeant la charge de travail des collaborateurs.
Comment garantissez-vous un haut niveau de sécurité et de conformité dans le traitement des données ?
Michaël Lakhal : Signaturit agit en tant que tiers de confiance. Pour simplifier, notre rôle s’apparente à celui d’un notaire en ligne : nous attestons qu’une transaction s’est bien déroulée selon les règles et que l’identité des parties est vérifiée. En tant que prestataire de services de confiance qualifié (TSP), nous appliquons différents niveaux de vérification selon le risque associé à la transaction. Par exemple, l’identification ne sera pas la même pour une ouverture de compte bancaire que pour une simple réponse à une annonce immobilière.
Sur le plan réglementaire, notre solution respecte l’ensemble des standards européens : eIDAS, et bientôt eIDAS 2.0, RGPD, DORA pour le secteur financier, ou encore NIS 2 pour la sécurité des données. Nos infrastructures sont auditées régulièrement, notamment par l’ANSSI en France, afin d’assurer une totale conformité et un haut niveau de sécurité.
Quels bénéfices concrets observez-vous chez les clients une fois la solution déployée ?
Michaël Lakhal : Les gains d’efficacité sont considérables. Dans les agences bancaires, où nos solutions sont largement déployées, nous avons constaté une réduction de 80 % du temps administratif lors des échanges entre le client et le conseiller. Avant, ce dernier devait quitter la table, faire des photocopies, scanner les documents et vérifier qu’il avait bien constitué le dossier. Aujourd’hui, tout se fait directement en ligne, de manière fluide et sécurisée. Le dossier est déjà prêt ou se constitue en temps réel avec le client. Ce principe s’applique à tous les métiers. Pour une agence d’intérim, cela signifie qu’un chargé de recrutement peut se focaliser sur le plus important plutôt que de jouer les détectives pour s’assurer de l’authenticité des documents.
Pierre Girbau : Pour compléter la réponse de Michaël, les retours des agences sont très positifs, notamment sur la rapidité et la simplicité d’utilisation. Les agences peuvent obtenir une validation en seulement quelques clics et secondes, ce qui change réellement la donne. La solution est aussi parfaitement intégrée à Tempo et aux processus existants : pas besoin de jongler entre plusieurs écrans ou de réaliser de multiples configurations. Une fois la fonctionnalité activée, tout se fait de manière fluide. Par ailleurs, les bénéfices sont mesurables : la solution permet notamment d’économiser jusqu’à 32 heures de travail par mois et par agence, ce qui est loin d’être négligeable.
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Est-ce que certains intérimaires refusent qu’une agence d’emploi vérifie leurs documents ?
Pierre Girbau : Oui, cela peut arriver, mais c’est assez rare, et souvent révélateur. Les personnes concernées savent que la vérification KYC mettrait rapidement en évidence une incohérence, et préfèrent donc ne pas aller au bout de la démarche. Cela permet d’ailleurs aux agences de sécuriser leurs recrutements et de mieux évaluer la fiabilité d’un dossier avant de contractualiser.
Michaël Lakhal : Il faut aussi garder à l’esprit que certains intérimaires peuvent être moins à l’aise avec les outils numériques. C’est normal, et cela ne remet pas en cause le dispositif. Dans ces situations, la technologie n’exclut pas l’humain : il y a toujours une possibilité d’assistance ou de reprise manuelle. Si cela concerne 10 % des intérimaires et que 90 % s’approprient facilement l’outil, c’est déjà un immense gain de temps. L’idée n’est pas de remplacer l’humain mais, au contraire, de le recentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée et d’accompagner ceux qui en ont vraiment besoin.
Pour finir, quel message aimeriez-vous adresser aux agences qui hésitent encore à adopter votre technologie ?
Michaël Lakhal : Je leur dirais deux choses. D’abord, faites confiance à un acteur européen et local. Les solutions américaines peuvent sembler attractives, mais elles n’offrent aucune garantie sur la localisation ou la protection des données. Avec Signaturit, tout est conforme aux standards européens les plus stricts.
Ensuite, il faut comprendre que la digitalisation n’est plus un luxe, c’est une nécessité. Les fraudes se complexifient, et il ne devrait pas revenir à un recruteur de vérifier l’authenticité d’une carte d’identité ou d’un passeport. Son métier, c’est d’évaluer les candidats, pas de jouer les enquêteurs. Automatiser la vérification, c’est permettre aux équipes de se recentrer sur leur cœur de métier tout en réduisant drastiquement les risques de fraude.
Pierre Girbau : Pour ma part, je leur dirais que la solution est simple à tester et accessible. Nous proposons une tarification très transparente, avec un produit disponible dès le plan Boost et un système de packs dégressifs. Cela permet aux agences d’emploi d’expérimenter la fonctionnalité et de mesurer concrètement le gain de temps réalisé. Certaines agences ont aujourd’hui une personne dédiée à temps plein à la vérification des documents. L’objectif n’est pas de remplacer ce collaborateur mais, comme l’a dit Michaël, de lui permettre de se concentrer sur des missions stratégiques. Personne n’a envie de passer sa journée à appeler des préfectures pour vérifier des pièces d’identité. Avec le KYC, nous simplifions les processus, nous sécurisons les échanges et nous améliorons le confort de travail en agence.
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À propos de
Pierre Girbau
Product Manager chez Enso, Pierre Girbau est spécialisé dans les outils SaaS B2B appliqués au secteur RH. Avant de rejoindre Enso, il a travaillé chez PeopleDoc (désormais UKG), où il a contribué à la croissance de la startup devenue multinationale. Il met aujourd’hui son expertise au service des agences d’emploi pour accompagner leur digitalisation.
Michaël Lakhal
Chief Product Officer du groupe Signaturit, Michaël Lakhal cumule plus de 15 ans d’expérience dans la transaction digitale. Passé par DocuSign et OneSpan, il supervise désormais le portefeuille de produits de Signaturit Group, acteur européen de référence en matière de signature électronique et de vérification d’identité.




