« Nous avons besoin de 25 000 nouveaux agents par an » – Entretien avec Cédric Paulin, Secrétaire général du GES

Temps de lecture : 6 minutes

Cédric Paulin décrypte les défis RH, technologiques et d’attractivité dans la sécurité privée.

Le secteur de la sécurité privée emploie aujourd’hui près de 200 000 professionnels en France, et ce chiffre est en progression constante. En revanche, selon l’étude menée par le GES et Coffreo, 66 % des entreprises du secteur déclarent ne pas réussir à recruter et 52 % des agents quittent leur poste dans les trois premiers mois.

Alors face à cette tension, une demande croissante, des défis de formation, d’attractivité et de transformation numérique, les entreprises du secteur doivent s’adapter.

Pour décrypter ces enjeux, nous avons échangé Cédric Paulin, secrétaire général du GES, l’organisation patronale de référence du secteur. Ancien directeur de cabinet au CNAPS et ex-délégué général du SNES, Cédric Paulin dispose d’une vision à 360° des enjeux de régulation, de terrain et de transformation.

Quelles sont aujourd’hui les principales tensions RH dans la sécurité privée ?

 

Il y a d’abord une tension quantitative : le secteur a besoin d’environ 25 000 nouveaux agents par an, dans un contexte de fort turnover. Beaucoup d’agents restent deux ou trois ans dans le métier, puis changent. Les entreprises doivent donc sans cesse recruter et former. Pour limiter la précarité, une durée minimale de vacation de 4 heures a été instaurée. Une extension à 6 heures est en discussion au sein de la branche, afin d’éviter les découpages peu satisfaisants du type 2 h le matin/2 h le soir.

 

Ensuite, l’attractivité salariale reste limitée : les majorations pour travail de nuit ou le week-end existent, mais elles ne sont pas toujours valorisées auprès des clients. À cela s’ajoute l’image du métier, parfois associée à des clichés, malgré des événements comme les JO, où la sécurité privée avait été fortement mobilisée. Cela a contribué à redorer quelque peu l’image du secteur auprès du grand public.

 

>> Lire aussi – Les clés pour réduire le turnover dans la sécurité privée grâce à la digitalisation

 

Ce constat est par ailleurs confirmé par l’étude menée conjointement par le GES et Enso : plus d’un agent sur deux quitte son poste avant trois mois et deux tiers des entreprises peinent à trouver suffisamment de candidats.

Les jeunes sont-ils attirés par ce secteur ?

 

C’est encore difficile. Le métier reste perçu comme un métier de vigilance, sans prérogatives fortes, ni rôle d’intervention. C’est un métier de patience, d’endurance, souvent dans l’ombre. Pourtant, il est essentiel : il demande des connaissances juridiques, une formation obligatoire de 175 heures, des spécialités techniques selon les missions : transport de fonds, surveillance, protection rapprochée…

 

Le métier évolue-t-il sur le plan des compétences ?

 

Oui, on observe une montée en compétences, notamment sur le plan technologique et relationnel. Par exemple, les caméras-piétons commencent à se déployer. Les outils numériques, comme les logiciels de main courante, les reportings sur tablette ou la vidéosurveillance, deviennent courants. Cela crée des interactions plus rapides entre agents, hiérarchies et clients.

Y a-t-il un risque de fracture numérique entre les agents ?

 

Pas vraiment. Ces outils sont déjà présents dans la vie personnelle des agents, ils ne sont donc pas perçus comme des obstacles. Le vrai enjeu, c’est l’adaptation des entreprises et des organismes de formation, car la formation initiale obligatoire ne couvre pas directement ces technologies. Ce sont les organismes qui doivent faire le lien.

 

>> Lire aussi – « Malgré le contexte tendu, les entreprises du secteur de la sécurité privée ne peuvent pas se permettre de rater le virage de la digitalisation » – Entretien avec Maxime Petrier, Directeur du Développement et de la Relation Client chez Comète

 

À quoi ressemblera l’agent de sécurité dans 5 ou 10 ans ?

 

On peut imaginer des agents davantage assermentés, notamment dans les transports ou le commerce. Leur parole et leurs écrits auront davantage de valeur juridique. L’agent sera aussi entouré de technologies : capteurs, vidéosurveillance intelligente, aide à la décision… Il gagnera en rapidité et en précision, grâce à des informations plus ciblées.

 

Une rupture serait possible si les points d’entrée des lieux publics ou commerciaux étaient entièrement reconfigurés technologiquement : sas, QR codes, vérifications automatisées… Cela réduirait le besoin d’agents en nombre, mais pas leur rôle d’opérateur ou de supervision. Le secteur connaît par ailleurs une forte densification concurrentielle, avec l’arrivée d’acteurs plus techniques et innovants.

Cette évolution pourrait-elle aller jusqu’à des missions publiques confiées à des agents privés ?

 

Oui, dans une certaine mesure. On peut imaginer des agents assurant un premier accueil ou la surveillance nocturne au sein d’un commissariat, par exemple. Ou des fonctions non coercitives dans l’espace public. Des patrouilles mixtes avec des agents publics et privés existent à l’étranger, mais la France n’est pas encore prête, notamment culturellement.

 

Des précédents existent pourtant : les voitures radars mobiles, par exemple, sont aujourd’hui conduites par des opérateurs privés. Leur mission est purement technique, sans coercition.

Le secteur attire-t-il d’anciens militaires ou policiers ?

 

Il existe des passerelles simplifiées pour accéder au métier, mais ils sont peu nombreux à devenir agents de terrain. Ils peuvent intégrer des postes d’encadrement, voire des fonctions plus politiques ou de lobbying, mais cela reste marginal sur le terrain.

Ce qu’il faut retenir

 

Le métier d’agent de sécurité évolue : plus technologique, plus qualifié, plus connecté. Pour répondre aux tensions sur le recrutement, les entreprises doivent miser sur la formation continue, l’adaptation aux nouveaux outils et une meilleure reconnaissance du métier. L’avenir est certain, mais encore incertain dans ses contours : c’est aux entreprises d’anticiper, pas de subir.

 

>> Pour découvrir les solutions qu’ Enso propose aux entreprises de sécurité privée, c’est par ici.

Sommaire