Entretien avec Mme Swiderski, Directrice du développement à l’INHNI
Temps de lecture : 11 minutesLe secteur de la propreté souffre encore trop souvent d’une image dévalorisée. Pourtant, les agents et les responsables mobilisent des compétences techniques et des savoir-faire essentiels. À l’INHNI, centre de formation de la branche propreté, on s’attache à qualifier, accompagner et valoriser ces femmes et ces hommes.
Nous avons rencontré Mme Swiderski, Directrice du développement à l’INHNI. Pour nous, elle revient sur la façon dont l’organisme adapte ses formations aux besoins des entreprises de propreté, et accompagne chaque jour des jeunes et des adultes dans leur parcours professionnel ou dans leur intégration dans la profession.
Bonjour Mme Swiderski, pour nos lecteurs, pouvez-vous rappeler ce qu’est l’INHNI et quel est votre rôle au sein de cette organisation s’il vous plaît ?
Bonjour, je suis directrice du développement à l’INHNI, le centre de formation de la branche créé par la profession il y a plus de 40 ans.
L’INHNI est présent sur l’ensemble du territoire métropolitain, à travers huit directions régionales installées dans les Maisons des métiers de la propreté et plusieurs implantations pour plus de proximité. Notre mission est de former les futurs professionnels du secteur, mais aussi d’accompagner les entreprises dans le développement des compétences de leurs salariés en poste.
Concrètement, nous proposons deux grands types de parcours. Tout d’abord la formation en alternance, qui couvre quasiment tout le champ des métiers de la propreté, grâce à des formations diplômantes ou certifiantes (CAP jusqu’au bac+5 et titres à finalité professionnelle TFP/CQP). Aujourd’hui, nous accueillons plusieurs milliers d’alternants (contrats d’apprentissage et de contrat de professionnalisation) sur l’ensemble de nos sites en France. À côté de cela, nous développons aussi une offre de formation continue, qui s’adresse aux salariés déjà en poste ou qui viennent d’intégrer la profession.
Comment adaptez-vous vos formations pour qu’elles répondent le mieux aux besoins des entreprises de propreté ?
Notre offre de formation s’appuie d’abord sur un socle commun : notre catalogue de formations réalisables en inter ou en intra entreprise. Mais ce catalogue n’est pas figé, il évolue en permanence, il s’enrichit de nouveaux modules. Nous faisons de la veille sectorielle et pédagogique, nous écoutons bien évidemment les entreprises, leurs besoins, leurs retours et leurs attentes. Cela nous permet d’identifier des pistes pour compléter notre offre avec de nouveaux modules, enrichir nos contenus et nos approches… Nous travaillons aussi sur des programmes sur mesure pour certaines entreprises.
Nous tenons également compte des grands enjeux prospectifs de la branche. Par exemple, l’apprentissage du français est aujourd’hui un sujet essentiel. Il aide certains salariés à obtenir ou à renouveler leur titre de séjour, et plus largement à accéder à une certification professionnelle. La qualité de service est un autre enjeu stratégique : les employeurs nous demandent de renforcer les compétences liées à l’attitude de service, notamment dans des contextes de coactivité et de coprésence.
Enfin, nous restons attentifs aux signaux faibles, des remontées de stagiaires sur des besoins, des demandes émanant de notre site Internet afin de creuser les sujets et enrichir notre offre. En résumé, le catalogue constitue le point de départ, mais il est sans cesse enrichi.
Est-ce qu’il y a des problématiques récurrentes ?
Oui, certaines problématiques reviennent régulièrement, notamment celles qui sont liées à la santé et à la sécurité.
Nous avons aussi des demandes plus spécifiques, en fonction du public concerné. Par exemple, lorsqu’il s’agit d’accompagner un cadre qui ne vient pas du secteur de la propreté et qui doit en découvrir les particularités, nous créons un parcours sur mesure.
Nous travaillons également sur des projets de formation nationaux pour certaines entreprises. Dans ce cas, nous co-construisons les dispositifs avec les Directions, puis nous déployons les programmes de manière homogène sur l’ensemble du territoire. Et sur certains thèmes, les experts des sociétés viennent eux-mêmes compléter l’intervention de nos formateurs, en apportant leurs outils et leur expérience du terrain. Tout cela rend notre offre très flexible et capable de s’adapter à une grande variété de situations.
En tant qu’organisme de formation de la branche, nous adaptons continuellement notre offre aux évolutions et enjeux du secteur. À ce titre, nous déployons l’offre prospective du FARE PROPRETE, qui intègre des thématiques stratégiques telles que la santé et la sécurité au travail, la structuration de l’activité commerciale, des formations dédiées au management intermédiaire, la désinfection raisonnée (certibiocide) et bien d’autres, toutes (co)financées par le FARE PROPRETE et construites selon des modalités distancielles qui les rendent facilement accessibles ou hybrides selon les sujets. Cette démarche vise à anticiper les transformations du métier et à accompagner les professionnels dans le développement de leurs compétences.
Au sujet des formations certifiantes, comment accompagnez-vous les personnes pour qu’elles puissent réussir leur parcours ?
Pour les formations certifiantes, le parcours débute toujours par un entretien individuel. C’est un rendez-vous de bilan et de pré-positionnement qui nous permet de vérifier que la personne a toutes les bases nécessaires pour suivre sereinement sa formation. Cet entretien est essentiel : il nous aide à lever certains freins, en particulier linguistiques. Les certifications exigent, par exemple, un niveau de langue A2 à la sortie. Si un candidat est trop éloigné de ce niveau à l’entrée, nous savons que cela pourra le mettre en difficulté.
Dans ce cas, nous avons deux solutions : soit nous validons que la personne peut suivre le cycle tel qu’il est conçu, soit nous adaptons davantage. Cela peut passer par des modalités pédagogiques différentes, en réduisant l’écrit par exemple. D’ailleurs, nos contenus sont déjà pensés pour cela : nous privilégions une pédagogie active, basée sur l’expérience.
Le secteur de la propreté souffre parfois d’une image dévalorisée. Comment travaillez-vous à renforcer sa visibilité et son attractivité ?
Nous agissons à plusieurs niveaux et, surtout, nous ne sommes pas seuls : c’est l’ensemble des acteurs du Monde de la Propreté qui est mobilisé autour de cette question d’attractivité. Concrètement, nous participons à de nombreuses actions et événements de promotion des métiers, cela passe par des forums et salons, la participation à des concours tels que les worldskills ou meilleurs apprentis de France. Nous sommes bien sûr présents à tous les rendez-vous organisés par la profession (journée de la propreté, semaine des métiers…).
Une partie de notre travail consiste aussi à sensibiliser et mobiliser les prescripteurs d’orientation autour des métiers et de leurs débouchés. Afin de leur permettre de mobiliser leurs bénéficiaires jeunes et adultes, il faut souvent d’abord les informer et les convaincre. Nous organisons donc des réunions en présentiel et des webinaires à leur intention, afin qu’ils comprennent que la propreté est un vrai métier, avec des savoir-faire techniques et une réelle fierté professionnelle.
Parallèlement, nous menons des actions directes auprès des jeunes et adultes : réunions de découverte des métiers, démonstrations pratiques lors de salons, qui leur permettent de se projeter et de réaliser concrètement ce que recouvrent ces métiers.
Nous bénéficions aussi du soutien de la profession à travers de grandes campagnes nationales, comme celle menée l’an dernier sur les abribus, et nous sommes présents sur les réseaux sociaux pour relayer cette image positive.
C’est un travail de tous les jours, qui demande beaucoup d’énergie, mais qui est indispensable. Le jour où nous aurons véritablement changé cette perception, nous aurons franchi un cap essentiel pour la profession.
Percevez-vous déjà une évolution dans le regard porté sur les métiers de la propreté ?
Oui, nous voyons une évolution. Les personnes que nous formons se sentent de plus en plus fières d’entrer dans le secteur de la propreté. Elles obtiennent des diplômes, elles se savent qualifiées, et elles prennent conscience qu’elles exercent un métier essentiel au quotidien de tous. Nous voyons qu’elles portent les couleurs de la propreté avec beaucoup plus de fierté.

Est-ce qu’il y a une histoire d’apprenant qui vous a particulièrement marquée et qui montre la portée de vos formations ?
Je pense à une dame qui est arrivée chez nous sans savoir parler français, ni lire, ni écrire. La première victoire a été de réussir à l’intégrer dans un parcours de maîtrise des compétences clés et de français langue étrangère. Ce n’était pas simple car, pour des adultes, franchir ce pas demande énormément de courage : il y a souvent de la honte, et c’est une vraie épreuve. Je me souviens encore de la formatrice qui est venue me voir, en me disant : « Ça y est, elle a réussi à décortiquer une phrase ! ». Elle nous l’a même amenée pour qu’elle nous lise ce qu’elle avait écrit. C’était un moment très fort.
Cette dame avait une motivation incroyable, et c’est vraiment ce qui a fait la différence. Elle a suivi son parcours, acquis les savoirs de base, puis intégré un TFP agent machiniste, qu’elle a obtenu avec les félicitations du jury : ce qui est assez rare. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des meilleurs ambassadeurs de la formation dans son entreprise. Son histoire donne envie à d’autres de se lancer, et elle-même est extrêmement fière du chemin parcouru.
J’imagine que vous avez beaucoup d’histoires inspirantes comme celle-ci.
Oui, j’en ai énormément. Nos stagiaires sont très attachés à nous : ils viennent avec leurs angoisses, leurs doutes, parfois leurs larmes, et nous les accompagnons jusque dans les moments les plus stressants, comme les examens. Ce sont de très beaux parcours, d’autant plus qu’ils s’accompagnent souvent d’histoires de vie difficiles.
Parmi nos plus belles réussites, nous avons ces jeunes qui commencent avec un CAP et que nous retrouvons quelques années plus tard diplômés d’un bac+2, 3 ou 5, devenus responsables de secteur, responsables d’exploitation, adjoints de chefs d’agence ou occupant d’autres postes à responsabilité plus transversale (animation qualité…).
C’est extrêmement gratifiant car nous contribuons à intégrer et insérer énormément de personnes. Nous sommes ravis de rencontrer aussi d’anciens alternants à des postes clés devenant ainsi des prescripteurs de formation.
Nous avons aussi de belles histoires avec des sociétés que nous accompagnons au fil du temps et de leurs évolutions sur de nouveaux segments de marché par exemple. La formation est un investissement indispensable à la pérennisation et au développement des entreprises, et c’est pour nous toujours un plaisir de soutenir et d’accompagner les chefs d’entreprise et leurs équipes dans leurs projets de développement des compétences de leurs salariés. L’accompagnement des entreprises de propreté de toutes tailles rend le quotidien très riche et captivant.
Pour conclure, quels sont les grands projets que vous souhaitez développer à court et moyen terme à l’INHNI ?
Un enjeu majeur se profile : le départ à la retraite d’une génération entière, notamment au sein de l’encadrement intermédiaire. Dans les entreprises de propreté, il est courant de progresser au fil du temps, et aujourd’hui beaucoup de personnes qui occupent ces postes stratégiques vont bientôt quitter la vie active. Le défi, c’est donc de préparer la relève : identifier des compétences sur le terrain, accompagner les salariés qui peuvent évoluer, et former dès maintenant les encadrants de demain.
Un deuxième axe important, c’est la poursuite des formations en français. Les besoins restent énormes, et c’est un levier incontournable d’intégration et de professionnalisation.
Nous continuons également à accompagner la branche sur des thématiques réglementaires, comme le Certibiocide. D’ici au 31 décembre, tous les professionnels doivent l’obtenir pour pouvoir continuer à acheter des produits désinfectants auprès de leurs fournisseurs. C’est une échéance clé pour le secteur.
Enfin, nous travaillons aussi sur des sujets d’avenir, comme l’intelligence artificielle et ses applications dans la vie quotidienne des entreprises de propreté. Cette technologie transforme déjà les pratiques, mais elle nécessite un véritable accompagnement pour être bien comprise et utilisée. Autant de projets qui viennent enrichir et structurer l’offre que nous allons continuer à développer.



